Dimanche 26 mars 2006 - Référendum de Saint-Denis sur le droit de vote et d'éligibilité des résidents étrangers aux élections locales
Proclamation des résultats Déclaration de Didier Paillard, Maire de Saint-Denis
La consultation démocratique qui s'est déroulée aujourd'hui à Saint-Denis, a gagné sa légitimité dans les urnes.
Vous me permettrez de saluer tout particulièrement les habitantes et les habitants de Saint-Denis qui, pour la première fois de leur vie, ont déposé un bulletin de vote dans une urne de la République Française.
Dans les bureaux de vote, vous avez été témoins de cet acte, accompli avec une grande dignité, et beaucoup d'émotion. La participation de nos concitoyens étrangers à ce référendum a été massive. C'est une donnée essentielle, qui souligne une très forte volonté de s'impliquer dans la vie publique, de donner son opinion, et d'être considéré comme des citoyens à part entière.
Aujourd'hui, pour la première fois dans l'histoire de notre pays, dans une grande ville de France, un vote s'est déroulé dans des conditions d'une totale égalité.
Quelle que soit notre nationalité, notre origine, notre passeport, nous avons tous voté avec la même carte d'électeur. Que cette première se soit déroulée ici, à Saint-Denis, dans cette ville populaire historiquement marquée par l'accueil de celles et ceux qui sont toujours venus d'ailleurs, est un motif de très grande fierté.
Les résultats de ce référendum sont tout à fait clairs. En votant oui à une question d'une très forte exigence, la population de Saint-Denis, dans sa très grande majorité, s'est prononcée pour mettre fin à une discrimination insupportable, pour que chaque habitante et chaque habitant comptent pour un, pour que l'égalité des droits soit bien le socle sur lequel peut se construire la citoyenneté. Je considère qu'en s'exprimant ainsi, la population de Saint-Denis a fait preuve d'une très grande maturité.
A travers ce vote, c'est la volonté de vivre ensemble qui s'exprime fortement. C'est l'aspiration à construire ensemble une nouveau lien social qui se fait entendre. C'est un message lancé à toutes les institutions, à tous les pouvoirs : arrêtons d'exclure ! Finissons-en avec l'existence de citoyens de seconde zone ! Ayons enfin l'intelligence de penser qu'il n'y a pas de cohésion sociale possible sans une réelle égalité des droits ! Ne soyons pas le dernier pays d'Europe à reconnaître ce nouveau droit !
La mobilisation autour de ce référendum a donné lieu à une campagne de citoyenneté sans précédent dans notre ville. C'est ainsi qu'en huit semaines à peine, ce sont 4500 habitants qui se sont inscrits sur les listes électorales, dont un très grand nombre de jeunes, et une majorité de femmes.
Le résultat de ce référendum est une première étape dans la conquête d'un nouveau droit. Nous sommes parfaitement conscients du chemin qui reste à parcourir. Nous savons qu'il faudra une nouvelle loi, et nous demandons que le référendum qui a eu lieu aujourd'hui à Saint-Denis, soit organisé demain dans toute la France.
Pour avancer dans cette voie, je m'adresserai dans les jours qui viennent au président de la République, au président de l'Assemblée Nationale, et au Président du Sénat, afin que le parlement se prononce, et que notre peuple soit consulté.
En prenant une telle initiative, nous sommes complètement dans notre rôle. Car face à des enjeux majeurs de société, et lorsque ces enjeux touchent à des domaines aussi essentiels que la citoyenneté, la cohésion sociale, la dignité humaine, le rôle des élus est aussi de porter des exigences nouvelles, de les faire progresser dans l'opinion, et de les inscrire dans la réalité, en s'appuyant sur l'adhésion de la population.
Nous avons fait ce choix. Nous l'avons fait avec la conviction que le rôle de la politique ne consiste pas seulement à relayer des inquiétudes, mais aussi et peut-être surtout à changer des réalités quand elles nous semblent profondément injustes. Nous voulons donc affirmer, à travers ce référendum local, que la citoyenneté n'est fondée ni sur le mythe du sang, ni sur la juxtaposition de communautés ethniques, mais bien sur l'égalité des droits.
Nous voulons affirmer qu'il est temps, qu'il est grand temps que cette égalité du droit de vote, et du droit d'être élu, soit enfin une réalité pour des millions de personnes qui contribuent à produire les richesses de ce pays, qui habitent nos communes depuis des décennies, qui ont tant construit ici, et qui participent souvent très activement à la vie locale.
Dans ce combat, nous avons reçu le soutien de l'ensemble de la gauche, dans la diversité de ses composantes, ainsi que des femmes et des hommes d'horizons très divers, qui ont accepté d'être à nos côtés pour porter cette exigence. S'il y a déjà une victoire que nous avons remportée ensemble, c'est le fait d'avoir amené l'ensemble de la gauche à prendre l'engagement public, ici même, de mettre en oeuvre cette exigence si demain elle revenait au pouvoir.
Avec Patrick Braouezec, député de Saint-Denis et président de Plaine Commune, qui porte ce combat depuis de nombreuses années, je tiens à remercier celles et ceux qui ont bien voulu figurer dans le comité de parrainage de ce référendum, et dont beaucoup d'entre-elles et d'entre-eux étaient avec nous ce matin, dans cette mairie. Je veux également remercier très chaleureusement toutes celles et tous ceux qui se sont mobilisés pour le succès de ce référendum, et pour la victoire du OUI.
Merci aux élus du Conseil Municipal qui ont voté pour l'organisation de ce référendum, et se sont battus pour que le OUI l'emporte. Merci à vous toutes et vous tous, qui avez tant donné de vous-même pour faire avancer une cause juste. Merci aux associations et qui ont estimé de leur devoir de s'engager dans cette bataille de la citoyenneté. Merci aux élus qui m'ont adressé leur soutien et qui ont tenu à être présent à nos côtés aujourd'hui : le maire de Bobigny Bernard Birsinger, le député maire de Tremblay, François Asensi, le député Bruno Le Roux, le maire de l'Ile Saint-Denis, Michel Bourgain, le maire de Stains, Michel Beaumale, le maire de La Courneuve, Gilles Poux.
Si d'autres villes prennent le relais de Saint-Denis dans les semaines et les mois qui viennent, alors nous montrerons que ce département aspire avant tout à vivre dignement, en considérant chaque femme et chaque homme comme un citoyen a égalité de droit.
Chers amis et camarades, Demain, quand le droit de vote et le droit d'être élu des résidents étrangers seront enfin une réalité, il faudra se souvenir que c'est ici, à Saint-Denis, que cette exigence s'est exprimée pour la première fois dans les urnes.
Ce soir, nous prenons date et nous ouvrons la voie. Nous nous inscrivons résolument dans une démarche qui donne à la population un rôle majeur dans l'évolution de la société.
Ce soir, nous pouvons être fiers d'avoir fait avancer la République à laquelle nous croyons : libre, égale, et fraternelle.
Je vous remercie.
Proclamation des résultats Déclaration de Didier Paillard, Maire de Saint-Denis
La consultation démocratique qui s'est déroulée aujourd'hui à Saint-Denis, a gagné sa légitimité dans les urnes.
Vous me permettrez de saluer tout particulièrement les habitantes et les habitants de Saint-Denis qui, pour la première fois de leur vie, ont déposé un bulletin de vote dans une urne de la République Française.
Dans les bureaux de vote, vous avez été témoins de cet acte, accompli avec une grande dignité, et beaucoup d'émotion. La participation de nos concitoyens étrangers à ce référendum a été massive. C'est une donnée essentielle, qui souligne une très forte volonté de s'impliquer dans la vie publique, de donner son opinion, et d'être considéré comme des citoyens à part entière.
Aujourd'hui, pour la première fois dans l'histoire de notre pays, dans une grande ville de France, un vote s'est déroulé dans des conditions d'une totale égalité.
Quelle que soit notre nationalité, notre origine, notre passeport, nous avons tous voté avec la même carte d'électeur. Que cette première se soit déroulée ici, à Saint-Denis, dans cette ville populaire historiquement marquée par l'accueil de celles et ceux qui sont toujours venus d'ailleurs, est un motif de très grande fierté.
Les résultats de ce référendum sont tout à fait clairs. En votant oui à une question d'une très forte exigence, la population de Saint-Denis, dans sa très grande majorité, s'est prononcée pour mettre fin à une discrimination insupportable, pour que chaque habitante et chaque habitant comptent pour un, pour que l'égalité des droits soit bien le socle sur lequel peut se construire la citoyenneté. Je considère qu'en s'exprimant ainsi, la population de Saint-Denis a fait preuve d'une très grande maturité.
A travers ce vote, c'est la volonté de vivre ensemble qui s'exprime fortement. C'est l'aspiration à construire ensemble une nouveau lien social qui se fait entendre. C'est un message lancé à toutes les institutions, à tous les pouvoirs : arrêtons d'exclure ! Finissons-en avec l'existence de citoyens de seconde zone ! Ayons enfin l'intelligence de penser qu'il n'y a pas de cohésion sociale possible sans une réelle égalité des droits ! Ne soyons pas le dernier pays d'Europe à reconnaître ce nouveau droit !
La mobilisation autour de ce référendum a donné lieu à une campagne de citoyenneté sans précédent dans notre ville. C'est ainsi qu'en huit semaines à peine, ce sont 4500 habitants qui se sont inscrits sur les listes électorales, dont un très grand nombre de jeunes, et une majorité de femmes.
Le résultat de ce référendum est une première étape dans la conquête d'un nouveau droit. Nous sommes parfaitement conscients du chemin qui reste à parcourir. Nous savons qu'il faudra une nouvelle loi, et nous demandons que le référendum qui a eu lieu aujourd'hui à Saint-Denis, soit organisé demain dans toute la France.
Pour avancer dans cette voie, je m'adresserai dans les jours qui viennent au président de la République, au président de l'Assemblée Nationale, et au Président du Sénat, afin que le parlement se prononce, et que notre peuple soit consulté.
En prenant une telle initiative, nous sommes complètement dans notre rôle. Car face à des enjeux majeurs de société, et lorsque ces enjeux touchent à des domaines aussi essentiels que la citoyenneté, la cohésion sociale, la dignité humaine, le rôle des élus est aussi de porter des exigences nouvelles, de les faire progresser dans l'opinion, et de les inscrire dans la réalité, en s'appuyant sur l'adhésion de la population.
Nous avons fait ce choix. Nous l'avons fait avec la conviction que le rôle de la politique ne consiste pas seulement à relayer des inquiétudes, mais aussi et peut-être surtout à changer des réalités quand elles nous semblent profondément injustes. Nous voulons donc affirmer, à travers ce référendum local, que la citoyenneté n'est fondée ni sur le mythe du sang, ni sur la juxtaposition de communautés ethniques, mais bien sur l'égalité des droits.
Nous voulons affirmer qu'il est temps, qu'il est grand temps que cette égalité du droit de vote, et du droit d'être élu, soit enfin une réalité pour des millions de personnes qui contribuent à produire les richesses de ce pays, qui habitent nos communes depuis des décennies, qui ont tant construit ici, et qui participent souvent très activement à la vie locale.
Dans ce combat, nous avons reçu le soutien de l'ensemble de la gauche, dans la diversité de ses composantes, ainsi que des femmes et des hommes d'horizons très divers, qui ont accepté d'être à nos côtés pour porter cette exigence. S'il y a déjà une victoire que nous avons remportée ensemble, c'est le fait d'avoir amené l'ensemble de la gauche à prendre l'engagement public, ici même, de mettre en oeuvre cette exigence si demain elle revenait au pouvoir.
Avec Patrick Braouezec, député de Saint-Denis et président de Plaine Commune, qui porte ce combat depuis de nombreuses années, je tiens à remercier celles et ceux qui ont bien voulu figurer dans le comité de parrainage de ce référendum, et dont beaucoup d'entre-elles et d'entre-eux étaient avec nous ce matin, dans cette mairie. Je veux également remercier très chaleureusement toutes celles et tous ceux qui se sont mobilisés pour le succès de ce référendum, et pour la victoire du OUI.
Merci aux élus du Conseil Municipal qui ont voté pour l'organisation de ce référendum, et se sont battus pour que le OUI l'emporte. Merci à vous toutes et vous tous, qui avez tant donné de vous-même pour faire avancer une cause juste. Merci aux associations et qui ont estimé de leur devoir de s'engager dans cette bataille de la citoyenneté. Merci aux élus qui m'ont adressé leur soutien et qui ont tenu à être présent à nos côtés aujourd'hui : le maire de Bobigny Bernard Birsinger, le député maire de Tremblay, François Asensi, le député Bruno Le Roux, le maire de l'Ile Saint-Denis, Michel Bourgain, le maire de Stains, Michel Beaumale, le maire de La Courneuve, Gilles Poux.
Si d'autres villes prennent le relais de Saint-Denis dans les semaines et les mois qui viennent, alors nous montrerons que ce département aspire avant tout à vivre dignement, en considérant chaque femme et chaque homme comme un citoyen a égalité de droit.
Chers amis et camarades, Demain, quand le droit de vote et le droit d'être élu des résidents étrangers seront enfin une réalité, il faudra se souvenir que c'est ici, à Saint-Denis, que cette exigence s'est exprimée pour la première fois dans les urnes.
Ce soir, nous prenons date et nous ouvrons la voie. Nous nous inscrivons résolument dans une démarche qui donne à la population un rôle majeur dans l'évolution de la société.
Ce soir, nous pouvons être fiers d'avoir fait avancer la République à laquelle nous croyons : libre, égale, et fraternelle.
Je vous remercie.
Didier Paillard,
Maire de Saint-Denis
Maire de Saint-Denis